· 3 min de lecture
Salariés mis en scène sur TikTok et Instagram : la campagne « gratuite » qui peut coûter cher
Une enquête de NVO décrit des entreprises qui mettent leurs salariés en scène sur TikTok ou Instagram pour humaniser leur marque, souvent sans rémunération ni cession de droit à l'image en bonne et due forme. L'économie réalisée par rapport à une agence est réelle sur la facture, mais le risque juridique et réputationnel n'est pas provisionné.
Le raisonnement économique des entreprises citées est résumé sans détour par le sociologue Joseph Godefroy, interrogé par NVO : faire reposer une campagne sur les salariés permet de se payer de la publicité à bas coût, plutôt que de passer par les services autrement plus onéreux d'une agence. Le bénéfice secondaire est l'authenticité perçue : contrairement aux influenceurs, les salariés manipulent les produits et sont en contact direct avec le client.
Les exemples rapportés montrent que la portée peut être considérable. Une hôtesse de caisse d'un Carrefour de Laval a généré des millions de vues, au point que la direction du magasin a dû placer un agent de sécurité à sa caisse. Une enseigne d'auto-écoles anime un compte de plus de 100 000 abonnés grâce à des vidéos tournées par ses propres équipes. L'article rappelle que TikTok compte 23,4 millions d'utilisateurs en France, ce qui explique l'attrait du canal.
Le premier coût caché est humain. Une responsable communication raconte avoir dû se mettre en scène dès sa prise de poste, contre l'engagement pris à l'embauche, parce qu'elle était en période d'essai, sans rémunération supplémentaire. Un journaliste en CDD explique avoir refusé de reproduire des mèmes par crainte que son refus soit lu comme un manque d'investissement. L'article souligne la surreprésentation des contrats précaires, période d'essai, CDD, contrat étudiant, stage ou alternance, parmi les personnes filmées.
Le deuxième coût est juridique. Un ingénieur filmé pendant un processus de recrutement apparaît toujours, deux ans plus tard, dans une vidéo d'une entreprise qui ne l'a jamais embauché, après avoir cédé son droit à l'image par simple retour de mail. NVO rappelle qu'une cession valable doit être datée, signée et préciser les plateformes, les zones géographiques, la durée d'exploitation et les conditions de révocation. Une vidéo diffusée sans consentement en règle expose l'entreprise à une demande de retrait, voire à un contentieux, et le coût de production initial est alors perdu.
Le troisième coût est réputationnel. Les vidéos où les salariés paraissent gênés sont reprises par des comptes spécialisés dans le contenu dit « cringe » et alimentent moqueries et cyberharcèlement. L'article pointe une défaillance de l'employeur, censé protéger ses salariés. Sur le plan de la marque, un contenu tourné pour zéro euro et devenu viral pour de mauvaises raisons coûte davantage qu'un tournage professionnel jamais diffusé.
Comparé aux alternatives, le bilan est moins favorable qu'il n'y paraît. Une agence ou un freelance vidéo facture sa prestation, mais contractualise droits, autorisations et ligne éditoriale. Un partenariat avec un créateur de contenu est lui aussi encadré par un contrat et une rémunération. Le dispositif « salarié filmé sur son temps de travail » économise ces montants, mais transfère le risque sur des personnes qui ne sont pas en position de refuser. L'enquête ne chiffre ni les budgets économisés ni les audiences moyennes, et nous ne le faisons pas non plus.
Pour une direction qui souhaite malgré tout capitaliser sur ses équipes, les conditions minimales ressortent de l'article en creux : volontariat réel et vérifiable hors période d'essai, cession de droit à l'image écrite et limitée dans le temps, possibilité de retrait, et une contrepartie. Le coût de ces garanties est faible au regard du prix d'une vidéo retirée sous contrainte ou d'un salarié harcelé.
Questions fréquentes
Un accord par e-mail suffit-il pour utiliser l'image d'un salarié ?
Non selon l'article : la cession doit être datée, signée et préciser plateformes, zones de diffusion, durée d'exploitation et conditions de révocation.
Pourquoi les entreprises préfèrent-elles filmer leurs salariés plutôt que passer par une agence ?
Pour le coût, nettement inférieur à une prestation d'agence, et pour l'authenticité perçue, les salariés étant au contact des produits et des clients.
Quels profils sont les plus exposés ?
Les personnes en contrat précaire : période d'essai, CDD, contrat étudiant, stage ou alternance, qui craignent qu'un refus soit mal perçu.