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Publicité pour l'alcool en ligne : Addictions France chiffre la persistance du marketing d'influence malgré la loi Evin
Dans un rapport relayé par Radio France et franceinfo, Addictions France dénonce la poursuite de la publicité pour l'alcool sur les réseaux sociaux, notamment via les influenceurs. Pour les marques et agences du secteur, le sujet est un risque juridique et réputationnel dont le coût dépasse largement celui d'une campagne.
Selon franceinfo, le rapport publié par Addictions France en décembre 2025 indique que 79 % des 15-21 ans déclarent voir des publicités pour de l'alcool chaque semaine sur les réseaux sociaux, et que 23 % reconnaissent que ces publicités leur ont donné envie de boire. L'association relève également que 42 % des influenceurs continuent de promouvoir la consommation d'alcool malgré les messages de sensibilisation qui leur ont été adressés.
Ce rapport prolonge un travail antérieur de l'association. Dans son rapport de septembre 2024, intitulé « Promotion de l'alcool : les réseaux sociaux, un nouveau Far West », Addictions France indiquait avoir analysé plus de 11 300 contenus valorisant l'alcool, identifié plus de 800 marques et suivi 483 influenceurs sur près de trois ans, dans un projet mené avec Avenir Santé et l'EHESP. L'association y notait qu'Instagram n'avait pas supprimé 45 % des contenus qui lui avaient été signalés.
La position d'Addictions France est constante : interdire la promotion de l'alcool sur les réseaux sociaux et aligner la réglementation sur celle en vigueur pour la télévision et le cinéma. L'association rappelle que la loi du 9 juin 2023 encadrant l'activité des influenceurs n'a pas interdit le marketing de l'alcool sur les réseaux sociaux, et que les procédures judiciaires qu'elle engage sont longues, avec des sanctions peu dissuasives lorsqu'elles sont prononcées.
Pour une marque d'alcool ou une agence qui travaille pour elle, la lecture économique est simple. Le canal social et l'influence restent accessibles en droit, à condition de respecter la loi Evin, mais l'observation systématique par une association qui saisit la justice change le calcul de risque. Une campagne d'influence conforme coûte plus cher à produire, avec mentions obligatoires, contrôle des contenus et validation juridique, mais une campagne non conforme expose à une procédure et à un bad buzz dont le coût n'est pas plafonné.
Les chiffres du rapport ont aussi une portée pour les agences. Le fait que 42 % des influenceurs poursuivent la promotion après sensibilisation montre que la responsabilité ne peut pas être déléguée au créateur de contenu. Une agence d'influence qui opère dans ce secteur doit prouver un dispositif de contrôle préalable, et l'annonceur a intérêt à l'exiger contractuellement, avec une clause de responsabilité en cas de contenu illicite.
Le débat réglementaire pèse enfin sur les arbitrages de moyen terme. Si la demande d'interdiction portée par Addictions France aboutissait, les budgets sociaux du secteur devraient être redéployés vers des canaux encore ouverts. Une marque qui construit aujourd'hui toute sa notoriété sur l'influence prend un risque de dépendance à un canal dont le cadre peut se fermer.
La dépêche ne détaille pas la répartition des budgets publicitaires des alcooliers entre canaux, ni le coût moyen d'une campagne d'influence dans ce secteur. Elle établit en revanche que l'exposition des jeunes persiste et que la pression associative et judiciaire se maintient, deux données suffisantes pour intégrer une prime de risque dans tout devis d'agence sur ce marché.
Questions fréquentes
Quels chiffres avance Addictions France sur l'exposition des jeunes ?
79 % des 15-21 ans déclarent voir des publicités pour de l'alcool chaque semaine sur les réseaux sociaux et 23 % disent que cela leur a donné envie de boire, selon les données relayées par franceinfo.
La publicité pour l'alcool via les influenceurs est-elle interdite en France ?
Non. Addictions France rappelle que la loi du 9 juin 2023 sur les influenceurs n'a pas interdit le marketing de l'alcool sur les réseaux sociaux ; la loi Evin encadre son contenu.
Que réclame Addictions France ?
L'interdiction de la promotion de l'alcool sur les réseaux sociaux, en alignant la réglementation sur celle de la télévision et du cinéma.
Sources
- radiofrance.fr — Les marques d'alcool continuent de faire de la publicité en ligne, dénonce Addictions France
- franceinfo — Les marques d'alcool continuent de faire de la publicité sur les réseaux sociaux en s'appuyant sur les influenceurs, selon un rapport d'Addictions France
- Association Addictions France — Promotion de l'alcool : les dérives du marketing sur les réseaux sociaux